Le bien-être au travail
Par: Christelle Lefevre
» Les deux choses les plus importantes n’apparaissent pas au bilan de l’entreprise: sa réputation et ses hommes » Henry Ford
Ah le travail! Combien d’entre nous ne s’identifient pas à son travail? Combien d’heures de votre vie y consacrez-vous, que ce soit en termes d’heures prestées ou d’heures consacrées à vous préparer à exercer ce travail au travers de vos études ou de formations connexes?
Quand on s’arrête une minute à regarder cet « investissement- engagement » personnel, on comprend pourquoi l’une des premières questions que l’on pose à une personne dont on vient de faire connaissance c’est « vous faites quoi dans la VIE?».
Avez-vous déjà pensé à l’absurdité de cette question? Elle sous-entend que notre travail est notre vie! Bien sûr, la profession peut souvent en dire long sur une personne, sur ses valeurs, sur ses accomplissements, etc. Et en même temps, l’identité, la vie de cette personne, est bien plus complexe que de se résumer à son travail. On est et on fait bien plus de choses que ça dans notre vie! Du moins, je vous le souhaite.
De nos jours, on entend parler un peu partout du bien-être au travail (ou comme en Europe, de prévention des risques psychosociaux) que ce soit dans les magasines, en passant par les séminaires de croissance personnelle, de ressources humaines ou encore au travers des nombreuses études sur ce sujet. Mais est -ce que cet intérêt est de l’ordre d’une « mode » et sera donc, par définition, temporaire? Ce terme est-il en train de devenir galvaudé?
Il est aujourd’hui un fait évident que le travail a une grande influence sur la santé qu’elle soit physique et psychologique et que cette santé influence inévitablement la performance de l’employé au travail. Ne risque-t-on pas de prendre pour acquis, devant cette évidence maintenant supposément connue, que tout est fait de nos jours dans les milieux de travail, que les gestionnaires mettent tout en place pour garantir un climat sain et productif? Ne risque-t-on pas de baisser nos gardes? Il faut espérer que non!
J’entends encore aujourd’hui, dans ma pratique professionnelle, des gestionnaires (qui osent exprimer ce que plusieurs pensent « non publiquement ») penser que le travailleur heureux dans son travail, c’est évidemment un idéal mais qu’en réalité, il est difficile de mettre les choses en place pour y arriver. Parce que cela coûte cher, parce qu’ils manquent de temps ou de personnel (qui coûtent cher aussi) pour s’y consacrer, que c’est la « crise », que les affaires vont moins bien … bref tous ces arguments qui bien qu’ils soient réels et légitimes, n’en sont pas moins, au pire, des excuses et au mieux, des erreurs de calcul.
Car il est bien question de calculs ici. Et des études nous donnent même des chiffres. Depuis les dernières décennies, le lien a été fait entre des employés épanouis et leur performance au travail. Le mal-être au travail qui peut s’exprimer par de l’absentéisme, des accidents plus nombreux, des maladies… représenterait une perte d’environs 23% des bénéfices de l’entreprise.
A l’inverse, certaines entreprises américaines primées pour la qualité de leur milieu de travail ont enregistré des taux de roulement de 28 % inférieurs à la moyenne nationale, et leurs employés présentent des taux de stress de 14 % inférieurs à la moyenne nationale et des taux de satisfaction de 24 % supérieurs à la moyenne nationale.
On voit donc que l’organisation tire plusieurs avantages à ce bien-être au travail : une plus grande productivité, une plus grande capacité de recrutement et de maintien de l’effectif ainsi qu’un avantage concurrentiel grâce à des services à la clientèle améliorés et par conséquence, à une meilleure image de marque. La première explication à ceci est que l’employé qui se sent bien à son travail développe un plus grand sentiment d’appartenance à l’entreprise et cela renforce la cohésion d’équipe. Un employé qui se sent bien aura un plus grand dévouement envers son entreprise et il est certain que vos clients le ressentira et vivra une belle expérience commerciale. Il sent aussi plus de considération de son employeur par les efforts que celui-ci investit pour son bien-être.
On mesure facilement le coût lié à l’absentéisme. Par contre, il est plus difficile d’évaluer le coût du présentéisme, phénomène grandissant dans les organisations.
Le présentéisme est le fait de passer plus de temps qu’il n’en faut, au travail dans le but d’être apprécié de l’employeur. C’est aussi le fait d’être présent physiquement malgré la maladie, la fatigue, la dépression pour ne pas laisser voir ce qui pourrait être perçu comme un manque de disponibilité, de motivation ou une faiblesse. Cette présence abusive peut mener à un état pathologique proche du surmenage, de l’épuisement professionnel. L’employé peut avoir du mal à se concentrer sur ses tâches, être plus lent, moins productif et engagé qu’avant, être préoccupé par ses problèmes personnels, arriver souvent en retard, manquer de plaisir au travail, se sentir dépassé par les événements. La précarité des emplois, le manque de reconnaissance et les difficultés de conciliation travail-famille en sont des causes identifiées.
Les dernières études démontrent que le présentéisme coûterait beaucoup plus cher aux entreprises que l’absentéisme, soit environ 16 milliards par année d’après Statistiques Canada. Une étude américaine sur la dépression et la productivité effectuée en 2003, a démontré que le présentéisme coûterait 4 fois plus cher aux employeurs que l’absentéisme.
Quand on regarde toutes ces données, on comprend facilement que se consacrer au bien-être des employés au travail, à prendre soin du capital humain est un investissement qui peut rapporter gros. Et encore plus quand l’employé est en relation directe avec sa clientèle. Quand on a à faire avec des ordinateurs, des logiciels ou des machines, c’est une chose, mais quand on travaille avec des êtres humains, c’en est une autre. Et que dire quand on travaille avec des enfants qui sont de véritables éponges et ressentent les tensions des adultes à des kilomètres.
Les enfants perçoivent et absorbent les tensions environnantes et quand ils ne connaissent pas le pourquoi de celles-ci, ils imaginent alors l’explication. Le problème est que la plupart du temps, ils vont penser être à l’origine de celles-ci, vont se culpabiliser, tenter d’adapter leurs comportements en fonction de leur interprétation. Ceci peut donner lieu à plus de crises et de réactions émotives ou agressives. Ou aussi, à la longue, à une baisse d’estime de soi à cause des pensées négatives qu’il peut se dire à propos de lui-même dans ce contexte. Donc, le mal être de l’adulte qui prend soin de lui, peut avoir de lourdes répercussions et provoquer des dommages collatéraux inutiles et pourtant évitables.
Alors que faire en tant qu’employeurs pour soutenir nos employés?
Les statistiques des programmes d’aide aux employés (PAE) offerts par certains employeurs, démontrent que la majorité des demandes d’aide concernent des besoins au niveau familial. On constate effectivement que la conciliation travail-famille est souvent sources de préoccupation et d’un grand stress auprès des parents travailleurs. En effet, qui n’a pas connu la folie du « rush » du matin, des « crises » d’enfants qui vous font vivre d’énormes tensions et vous font arriver au travail presqu’épuisés avant même d’avoir commencé à travailler?
Les conflits entre collègues et le manque de reconnaissance de la part des supérieurs hiérarchiques et la perte de sens dans son travail sont aussi des causes identifiées du malaise au travail.
Il existe plusieurs spécialistes qui peuvent intervenir dans vos entreprises et outiller vos employés pour faire face à ces problématiques. Ce sont des coachs, consultants, formateurs, massothérapeutes… que vous pouvez trouver dans votre région en quelques clics sur internet et inviter dans vos locaux. Offrir l’accès à ces services par l’organisation de conférences, de formations ou d’interventions plus pointues sera en soi une forme de reconnaissance et une preuve de votre préoccupation de leur réalité. Ce geste favorisera certainement leur sentiment d’appartenance et d’engagement envers votre entreprise. Et ceci à un coût peu élevé comparativement aux avantages que cela vous apportera.
C’est certainement le meilleur investissement que vous pouvez faire pour la croissance de votre entreprise et l’atteinte de votre mission.



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